« Surprenant 3000 ! | Accueil | Message de service »

25 janvier 2007

Croisement de rôles

L'histoire ne s'est pas répétée, mais en rapportant pour 2006 un niveau de commandes décevant et révélateur d’une année inqualifiable, Airbus a cédé dans le même temps près de 8 points à Boeing qui n'en demandait pas tant. Dans un marché dictatorial et toujours aussi réactif, l'avionneur européen a explosé sous les pressions médiatico-politiques générées par une débâcle industrielle, financière et stratégique sans précédent. La porte ouverte à son rival de toujours pour la reconquête maintenant réussie de la première place de ce podium psychologique, après cinq ans à jouer les seconds rôles. Mais pour combien de temps ?

Sur fond de retard chronique de l'A380 et de valse-hésitation technologique pour l'A350, les clients se sont instantanément mis à douter au sujet des capacités d'Airbus. Critique et hésitant, un grand nombre l'a cependant gratifié de 824 commandes brutes ou 44% du marché des plus de 100 places, campant néanmoins sa deuxième meilleure performance, après 2005 où il avait vendu 1111 avions. Plusieurs transformations et annulations portent le net acquis à 790, dont la plus révélatrice de l'ambiance restera celle de dix A380 cargo achetés par Fedex Express en juillet 2002 au profit de quinze 777 cargo. Le constructeur en difficulté a malgré tout réussi a placé, dans deux renouvellements de confiance opportunément négociés par Singapore Airlines et Qantas, dix-sept exemplaires de son ultra gros-porteur au succès reporté. Il a par ailleurs officiellement reçu son "bon pour le service" des autorités de certification américaines et européennes.

De son côté, Boeing n'arrête plus d'enchaîner les records en faisant toujours mieux de 1029 en 2005 à 1050 bruts l'année passée. Un nouvel exploit doublé d'un autre sommet de ventes pour le 737, dans sa dernière régénération NG ou Next Generation, à 733, contre 574 à la famille A320 de son concurrent. Le biréacteur moyen-courrier avait été proposé sans grande conviction en 1965. Non content d'avoir également ravi la première place du segment des monocouloirs de 100 à 220 sièges, l'industriel américain continue d'asseoir la justesse de son offre long-courrier. Si le 787 et le 777 ont été moins demandés qu'en 2005, la tête d’affiche revient au 747 dans son ultime modernisation s’avérant payante grâce à une commande majeure et conjoncturelle du modèle -8I, émanant de Lufthansa pour vingt. Le programme, y compris la variante cargo - 8F, aligne un total de 78 engagements fermes, un plus d’un an après son lancement. Le dernier pour le quadriréacteur quarantenaire en version passagers datait de fin 2002.

Sur le plan des livraisons, en forte hausse par rapport à 2005, on savait déjà qu'Airbus conserverait pour la quatrième année consécutive le premier rôle avec 434 appareils pour 398 à Boeing. Une position, qui pourrait être partagée dès 2007 sur rythme renforcé de fabrication, plus très loin des neuf cents unités cumulées pour les deux constructeurs. Dans des restes à livrer historiques, représentant pas loin de six ans de production assurée, respectivement de 2533 et 2455, l’industriel américain ne talonne plus que de 78 avions celui de son rival. Ils étaient au nombre de 368 un an auparavant.

L’année qui démarre s’annonce déjà du même tonneau que les deux précédentes, mais devrait être aussi celle de l’arrivée au sommet du cycle logique du transport aérien. En 2007, les défis seront nombreux, à commencer par le début des vols du Dreamliner de Boeing, puis la mise en service commercial de l’A380, le tout certainement agrémenté de la première mise à jour de l’A320 et de quelques autres adaptations dictées ou réclamées par la clientèle. En tout cas, le contexte risque sans doute d'être de nouveau propice à un croisement de rôles. Alors attachez vos ceintures, car elle sera de toute évidence rebondissante et passionnante !

Note 788 publiée en heure GMT depuis Paris, France

Publié par Philippe Granger à 10:13 dans Airbus ǀ Avionneurs ǀ Boeing ǀ Compagnies Aériennes ǀ Fedex Express ǀ Lufthansa ǀ Politique ǀ Qantas ǀ Singapore Airlines ǀ Stratégie

Commentaires

Bonjour,merci à Philippe pour son analyse de l'année 2006.Je remarque que Lufthansa est la compagnie de lancement du B 748I comme Air France l'a été pour le B 777-300,ce serait bien que des compagnies américaines puissent être des compagnies de lancement d'un modèle Airbus.Apparemment la notion de libéralisme économique et de libre concurrence n'est pas la même des 2 côtés de l'atlantique.A l'évidence il y a moins de protectionnisme de ce côté-ci de l'atlantique.

Posté par reyes le 25 janvier 2007 à 18:18 - #

Bonne remarque mais les décisions prises par Air France et Lufthansa n'ont rien à voir avec les notions que vous évoquez.

Au pire, Lufthansa n'a pas eu le choix pour pallier le retard de l'A380, au mieux Air France avait besoin d'un avion bien plus performant et flexible que ceux proposés alors par Airbus.

Posté par Philippe le 25 janvier 2007 à 19:02 - #

Bonsoir,
est ce que le A340-600 est vraiment très inférieur au B777-300 en termes de performance économique alors que le prix du baril est arrivé à 50 dolars?.Il faut rappeller que Lufthansa et Iberia l'ont commandé.Pour Lufthansa on a dit que la raison principale de l'achat du 748I(en dehors du retard de l'A380)a été l'énorme rabais consenti par Boeing.
De l'autre côté on ne voit aucune compagnie américaine commander l'A 380 alors qu'il n'y a pas de produit Boeing équivalent.

Posté par reyes le 26 janvier 2007 à 19:17 - #

Dans l'instabilité économique ambiante, il me semble plus logique qu’un biréacteur soit plus rentable qu'un quadriréacteur à performance équivalente.

Rabais et remises sont choses courantes, d'autant plus quand on est client de lancement d'un nouveau modèle d'avion, ce que Lufthansa est avec le 747-8I.

Il est trop tôt pour dire que l'A380 ne sera pas vendu à une compagnie aérienne américaine, parce que :

-1 le transport aérien nord américain est toujours en phase de restructuration ;

-2 le développement du trafic à moyen terme donnera certainement l'occasion à au moins l'une d'entre elles de s'équiper avec l'A380.

Concrètement, oui Airbus vendra son super jumbo en version passagers aux États-Unis mais pas maintenant.

Posté par Philippe le 29 janvier 2007 à 18:24 - #

Poster un commentaire




Mémoriser?