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4 juillet 2006

Deux de chute

Dans un scénario de chaises musicales "politico-nationalo-industrielles" sans précédent en Europe, EADS a préféré choisir une sortie de crise par la petite porte en conservant la même structure géographiquement bicéphale. Sous la pression de ses actionnaires de référence, dont l'État français, le groupe aéronautique et spatial européen a débarqué dimanche l'un de ses coprésidents, Noël Forgeard, sur fond de problèmes opérationnels majeurs et d'une polémique déclenchée par la vente en mars dernier de ses stock-options pour laquelle il plaide la bonne foi. L’ex-patron d'Airbus entraîne dans sa chute Gustav Humbert, fusible malgré lui, qui a hérité à la direction de l'avionneur d'une situation stratégiquement explosive avec la certification de l'A380 et le très critiqué A350 laissé en l'état par son prédécesseur. Il endosse ainsi la responsabilité du nouveau retard du gros-porteur, mais aussi la déroute provoquée depuis plusieurs mois par le manque d'ambition de ses futurs biréacteurs de capacité intermédiaire face à la concurrence irrésistible du Boeing 787.

Noël Forgeard a été remplacé par Louis Gallois, jusqu'alors à la tête de la SNCF, où il avait été nommé après plusieurs années passées à la Snecma puis de l'Aérospatiale, l'une des entreprises intégrées dans la création d'EADS en 2000. Il rejoint Tom Enders qui a gardé la confiance des actionnaires dans un compromis politique destiné à préserver l'équilibre du couple franco-allemand. Le nouveau numéro un d'Airbus, Christian Streiff, ancien Directeur général délégué de Saint-Gobain et inconnu dans le secteur, se voit attribuer la lourde tâche d'aboutir l'A380 sans autres délais et de recadrer dans le calme le constructeur vers l'innovation en proposant rapidement une nouvelle famille d’appareils long-courriers plus aptes à coller au besoin du marché, dans un contexte de doute de la part de ses principaux clients. Autant de raisons qui poussent EADS à intégrer étroitement Airbus en prenant définitivement son contrôle par le prochain rachat des 20% encore détenus par BAE Systems, préalable à d’autres changements importants dans la gestion de l'avionneur.

MàJ - 07/07/06 - 16h35 - Le comité des actionnaires d'Airbus a confirmé aujourd'hui la nomination de Christian Streiff en tant que Président-directeur général de l'avionneur, en remplacement de Gustav Humbert.

Publié par Philippe Granger à 11:10 dans Airbus ǀ Avionneurs ǀ Boeing ǀ Economie ǀ Politique ǀ Stratégie

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