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14 juin 2006

De retard en retards

Airbus A380

Rien ne va plus chez Airbus. Malgré une campagne de validation estimée très satisfaisante par le constructeur, il a indiqué hier soir un autre retard de l’ordre de six à sept mois sur le calendrier des livraisons de l’A380. Ce nouvel ajournement malvenu fait suite à des perturbations de production et de logistique industrielle principalement causée par le câblage électrique de l’avion. Le premier délai difficilement admis, il y a un an, était également dû par ce type de problèmes.

Le programme, qui cumule plus de 1400 heures de vols en 430 sorties et 950 décollages sur quatre prototypes, n’en sera pas moins certifié à la fin de l’année. Les résultats de la campagne de validation sont selon Airbus conformes aux attentes, voire supérieurs, y compris sur la manœuvrabilité aéroportuaire du super jumbo. Il souligne que quinze avions sont déjà assemblés, dont deux exclusivement réservés aux essais de fatigue et statiques qui ne voleront jamais. Quand je suis passé à Toulouse le mois dernier, j’en avais dénombré douze. Afin de prendre en compte les modifications nécessaires, l’industriel européen a mis en place une nouvelle organisation pour l’équipement des éléments de l’appareil et leur transfert vers la chaîne d’assemblage final. Il assure aussi être en étroite relation avec ses clients pour que la mise en service de l’A380 soit un succès. C’est de toute évidence mal parti et remet en cause l’aptitude du constructeur à développer un projet à un rythme visiblement trop ambitieux.

Le contrecoup sur la planification des livraisons, qui épargnera la version cargo toujours annoncé début 2009, raisonnera jusqu’en 2010. Neuf avions seront livrés en 2007 contre vingt, cinq à neuf de moins en 2008 pour trente-cinq prévus et quarante au lieu de quarante-cinq en 2009. Client de lancement hautement stratégique, et aujourd’hui très mécontent, Singapore Airlines aura cependant l’honneur de prendre possession d’un seul des deux A380 qu’il devait recevoir à la fin de l’année pour un déploiement limité et probablement repoussée à début 2007. Le décalage ne permettra pas à l’opérateur asiatique de l'utiliser immédiatement sur sa liaison "Kangourou" reliant l’Europe à l’Australie transitant par sa base de Singapour avant de recevoir le deuxième qu’il espère néanmoins dans le courant du premier trimestre prochain. En attendant, il se contentera de desservir Sydney avant de le proposer vers Londres à une date ultérieure. Même son de cloche chez Emirates qui n’espère plus mettre en route commercialement ses gros-porteurs avant 2008 alors que Qantas se réserve deux semaines de négociations avant de révéler les conséquences du retard sur son exploitation. Les deux compagnies aériennes devaient recevoir leurs premiers quadriréacteurs au deuxième trimestre 2007.

Ce nouveau coup dur arrive au moment où Airbus, déjà fragilisé, fait l’objet de nombreuses critiques sur sa faculté à anticiper correctement le marché, en particulier sur celui des capacités intermédiaires long-courriers, où Boeing fait fureur avec son tandem 777 et 787. À tel point, que l’affaire A350 est maintenant définie comme un chaos sans précédent devant être rapidement réglé. Les répercussions financières, incluant d’importantes compensations à des clients lassés d’attendre l’A380, sont estimées à près de deux milliards d’euros par EADS, l’actionnaire principal du constructeur.

Merci à Yannick pour la photo.

Publié par Philippe Granger à 13:45 dans Airbus ǀ Avionneurs ǀ Boeing ǀ Compagnies Aériennes ǀ Emirates ǀ Qantas ǀ Singapore Airlines ǀ Stratégie

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Commentaires

Il faut tout de même rappeler quelques éléments historiques : la mise en chantier du Boeing 747, veritable mécano industriel qui aura duré plus de dix ans entre 1959 et 1969, a failli faire directement couler l entreprise Boeing, sauvée grace aux commandes militaires. Le projet avait été jugé trop ambitieux, trop grand, trop cher, mal adapté, trop, trop......surtout des 1973.
A l'époque de nombeux analystes financiers tablaient sur un effondrement des cours de Boeing et un chaos industriel et commercial. Du reste, les commandes étaient chancelantes (PAN A, Japan airlines et compagnies du golfe notamment)...et il faudra attendre les annees 80 pour que le module 747 deviennent enfin la reference totale en matière de transport de masse et qui permmette de gagner un peu d argent.
Comme le disait le responsable de Federal Express, le developpement de l A380 qui prends la succession du 747 par le haut et donc en revolutionne la logique, aura aussi des moments difficiles..à tous les niveaux (mise au point, équilibre financier, gestion des équipes au niveau mondial)..mais se revelera un outil formidable sur le long terme....
Apres 15 ans de reussite sans discontinuité et de lancement de produits innovants, AIRBUS ne peut que se retrouver a son tour en phase de reflexion...qui peut durer quelques années....et sans doute pour le meilleur.

Posté par fab75 le 14 juin 2006 à 16:06 - #

Pourquoi a chaque fois que l'on parle de l'A380, les gens sont toujours sur la defensive ? en nous ressortant l'exemple du 747 et des prouesses réalisés par Airbus durant ces 15 derniers années?

Il faut arrêter de penser trouver des anti Airbus partout.

Posté par DF le 14 juin 2006 à 17:28 - #

Fab75 > Oui certainement, Boeing a énormément souffert pour mettre au point son 747 et même après sa mise en service, mais le contexte financier et économique n'est plus le même. L'A380 qui utilise aussi les mêmes ficelles marketing que le 747, entre autres sur l'aménagement, représente également l'aboutissement des gammes du constructeur européen. De plus, Airbus n'est pas encore dans une logique de renouvellement comme son concurrent.

Au niveau historique et selon mes recherches, je précise que Boeing n'a jamais autant livré de 747 de la première version -100 que l'année de sa mise en service en 1970, soit 93. Les deux autres meilleures années sont 1980 (lancement de la version -300) avec 73 et 1990 avec 70 (début de la version -400). Les commandes avant le premier vol en février 1969 étaient de 158 pour 26 clients et au moment de la livraison du premier à Pan Am en avril 1971, 201 et 29 clients.

Enfin le marché d'aujourd'hui ne peut pas se permettre d'attendre ou d'avoir un constructeur qui réfléchi trop ou pas comme dans le cas de l'A350. Boeing a failli en faire les frais avec son Sonic Cruiser et risque aussi de peiner dans la certification de son 787.

Posté par Philippe le 14 juin 2006 à 17:51 - #

DF > Le commentaire précédent n'a rien de pro Airbus ou contre Boeing. Il rappelle certains éléments historiques importants et constructifs au débat de ce qui se passe en ce moment avec l'A380.

Il ne faut pas rougir de ce que fait Airbus depuis trente ans, sinon il ne serait pas le premier aujourd'hui.

Et heureusement serais-je tenté de dire, car cela a fait bouger Boeing dans le bon sens. Voilà aussi pourquoi l'aéronautique civile est de plus en plus passionnante à suivre.

Posté par Philippe le 14 juin 2006 à 18:02 - #

Tout a fait d accord sur les deux commentaires et notamment le contexte économique et financier de la fin des années 60....et tout à fait d accord sur le fait qu il est hasardeux de comparer les deux produits. Le seul élément récurrent est celui de ces grosses cellules civiles qui de toute évidence posent toujours des défis aux intégrateurs, sur à peu près tous les plans. ..mais ce fut vrai aussi sur des grosses cellules militaires...Je pense notamment au Loockheed Galaxy......mais destiné à un tout autre marché...et pas avec la meme couverture.
la période est donc riche en projet....
et qui sait?...en dépit (peut etre) de certaines erreurs...les effets d annonce sur les produits nouveaux font partie de la stratégie marketing...

Posté par fab75 le 14 juin 2006 à 19:22 - #

C'est qu'à chaque fois qu'on parle de retard du 3-80, les gens se sentent obligés de rappeler que le 747 a connu le meme type de desagrement...

Posté par DF le 14 juin 2006 à 19:27 - #

L'A330 a subi un revers bien plus grave à l'époque de ses vols d'essais, puisque l'un d'entre eux s'est écrasé. Celà ne l'a pas empêché de se vendre.

Posté par Laurent le 30 juin 2006 à 09:18 - #

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