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18 juin 2005

Paravents

Airbus A380 Le Bourget

Tout va bien chez Airbus. Son nouveau géant des airs, l'A380, fait un carton et les commandes et autres intentions gagnées lors du Salon du Bourget atteignent le chiffre record de 320 avions pour 33,5 milliards de dollars. Ce tableau idyllique, confirmant sa récente place de numéro un mondial, cache pourtant plusieurs équations qui pourraient ternir son image, voire sa position.

La première est sans conteste le lancement de l'A350 reporté à septembre prochain par sa maison-mère EADS. C'est pour donner plus de temps à une solution négociée dans le conflit qui l'oppose ouvertement à Boeing, suite à la plainte déposée à l'OMC à la fin du mois dernier, a indiqué le Président d'Airbus, Noël Forgeard, lors d'une conférence de presse donnée mardi dernier. L'argument est mince de par les engagements enregistrés pour le biréacteur long-courrier, soit 125 fermes et 15 options, dont 108 préméditées pour le Bourget. Cette hypothèse est renforcée avec l'annonce d'une marge opérationnelle de plus de 12% pour le premier trimestre 2005, qui devrait lui permettre de confirmer le projet de 4,35 milliards d'euros dès maintenant. Pourtant, Airbus attendra et fera même bien appel aux aides d'états remboursables, optimisant au passage sa trésorerie comme l'a difficilement expliqué son patron lors de la réunion avec les journalistes. Une réalité qui démontre que l'A350 a en fait besoin d'un positionnement plus clair afin d'être réellement performant face à son chalengeur américain, le 787, tout en évitant de cannibaliser une partie de la gamme A330 et A340. J'en veux pour preuve la très mince documentation disponible sur le futur avion donnant plus l'impression d'un dépliant publicitaire que d'un véritable argumentaire technique. Il est donc logique qu'il n'offre aucune base comparative avec ceux qui pourraient être prématurément remisés du catalogue de l'avionneur.

Le consortium aéronautique européen endosse ainsi la responsabilité du retard de l'A350 tout en tardant à nommer un nouveau patron à son concepteur qui a également fort à faire avec l'A380. Son Président a enfin confirmé des délais supplémentaires allant jusqu'à six mois pour les livraisons des premiers appareils, dont ceux de Singapore Airlines, Qantas, Air France et maintenant Emirates, qui ne réclamera pas de compensations financières. Noël Forgeard a aussi répété sur un ton agacé qu'il n'était pas question pour lui d'être à la tête des deux sociétés.

La pression est telle que même l'A380 n'est plus exposé sur le tarmac de l'aéroport du Bourget depuis hier, date d'ouverture du salon au grand public. Sa majesté, comme l'a surnommé l'un des commentateurs des démonstrations en vol, se contentera d'être vu dans le ciel.

Publié par Philippe Granger à 17:59 dans Air France ǀ Airbus ǀ Avionneurs ǀ Boeing ǀ Compagnies Aériennes ǀ Emirates ǀ Politique ǀ Qantas ǀ Singapore Airlines ǀ Stratégie

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