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20 juin 2005
Survol confirmé

Je me doutais que la 46ème édition du Salon du Bourget, qui s'est achevée hier, allait tenir toutes ses promesses. Un total de 634 achats et intentions, dont 162 en option a été annoncé par les cinq plus importants constructeurs d'appareils civils pendant l'événement. La valeur potentielle des 472 acquisitions fermes est de 50 milliards de dollars, respectant bien l'équilibre actuel.
C'est bien sûr Airbus qui tient le haut du pavé des annonces avec 280 commandes et 65 options représentant respectivement 44 et 40% du volume. L'industriel a poliment brillé par la présence de son nouveau géant des airs, l'A380, mais déçu de manière arrogante par les problèmes politiques qui l'aveuglent dans la conception de l'A350 conçu dans l'urgence d'une réplique immédiate au Boeing 787. Je vais attendre septembre pour avoir la certitude qu'Airbus n'est pas simplement en train de remplacer son premier modèle depuis le début de ses activités en 1970, l'A330. Je ne dirais pas également que l'A340 se vend de plus en plus mal et que plusieurs compagnies aériennes qui exploitent la version ultra long-courrier, A340-500, sont sur le point de passer à la concurrence, le 777-200LR. L'intention malheureusement avortée d'Air Canada est là pour illustrer la première tentative de fuite. Le constructeur a également participé à 85% à l'invasion du marché émergeant indien, avec 125 des 147 avions acquis par quatre opérateurs récents ou à naître de ce pays.
Boeing arrive en deuxième position avec 146 commandes et 87 options, soit 31% de parts du marché de la semaine aéronautique. Le constructeur a frappé un grand coup avec la présence du 777-200LR et de son absolu confort. J'ai péniblement pu avoir accès au long-courrier pour découvrir un aménagement qui vous fera passer plus de 17 heures de vol sans vous en rendre compte, même en classe économique. La comparaison avec la section de cabine des familles A330, A340 et A350, est plus que probante. Six heures après j'étais à bord de l'A340-300 d'Air Tahiti Nui pour sentir cette différence. Par contre, l'industriel a déçu avec aucune nouvelle commande pour son 787. Il aurait également pu lancer le 737-900ER, actuellement connu sous le nom de code -900X, si son premier client, la "low-cost" Southwest Airlines, était prêt à le faire.
Le constructeur Embraer se place au milieu du classement avec 22 avions vendus, soit 5% du total. Il manque cependant au fier industriel brésilien une commande plus conséquente pour définitivement consolider sa famille de 70 à 110 places. Installé au coeur d'un marché sans réelle concurrence, il devrait pleinement en profiter d'ici les dix prochaines années. Le vol à bord de l'EMB-175 m'a permis de redécouvrir un véritable avion confortable et silencieux sans rapport avec les 50 sièges à réaction. À ce propos, le directeur de la stratégie d'Embraer, Orlando Neto, m'a confié qu'ils envisageaient le lancement d'un nouveau 50 places d'ici 2010. Le remplaçant de l'ERJ-145 pourrait être capable de s'auto régénérer tout en captant le marché de remplacement de petits avions à hélices au moment même où le premier rebond cyclique des jets régionaux de petite capacité devrait être mature.
La quatrième position revient à ATR avec un total de trente ATR 42 et ATR 72 de nouvelle génération, dont dix en option, soit près de deux fois plus que pendant toute l'année 2004. Un record qu'il n'a jamais égalé en dix ans. C'est avec optimisme que l'avionneur franco-italien a confirmé son retour en force sur la scène résurgente de la turbopropulsion. Je note cependant que trois des quatre commandes sont des renouvellements ne lui permettant pas d'accroître ses parts de marché. Une position qui pourrait évoluer avec de nouvelles ventes d'ici fin 2005 comme me l'a dit son porte-parole, Frédéric Lahache.
Enfin, Bombardier Aéronautique a profité de la présence de Jim French, le patron de Flybe qui venait signer son achat de 26 EMB-195 à la concurrence, pour lui faire lever une option partielle portant sur quatre Q400. L'industriel canadien a bien sûr présenté son nouveau biréacteur de 110 à 130 sièges, le C Series, en demandant à Pratt et Whitney Canada de plancher sur un réacteur permettant des économies d'exploitation de 15%. La gamme, qui devrait être lancée à l'automne prochain pour une mise en service en 2010, va pourtant se retrouver en collision frontale avec les petits modèles d'Airbus et de Boeing. Une position que ne partage pas l'avionneur persuadé d'avoir trouvé une niche.
Mais ce salon aura aussi été marqué par la déraison du marché indien, entraînant avec lui celui de l'Asie. Avec respectivement 147 et 248 appareils achetés, ils détiennent 53 et 31% des annonces. Les taux d'implication constatés pour l'Inde soulèvent bien des questions sur sa capacité à absorber cette arrivée massive de technologie, même à l'horizon 2008-2010. Aucun des aéroports indiens n'est actuellement équipés pour recevoir l'A380 et la présence de personnel qualifié particulièrement rare. De plus, la surcapacité engendrée devrait donner lieu à des déroutes prématurées et créera une consolidation très rapide du secteur. Il pourrait être également dangereux pour les constructeurs par un effet mécanique de saturation. Les forces en présence comptent dix compagnies aériennes, dont la moitié positionnées sur des concepts à bas tarifs prêtes à en découdre pour s'approprier un trafic appelé à croître de 7 à 8 % par an. Même la Chine, toujours considérée comme un eldorado par les avionneurs, n'a jamais commandé autant d'avions en si peu de temps.
Reste maintenant à savoir comment ce florilège d'engagements sera réellement traduit. Boeing a déjà pris les devants en confirmant dans ses chiffres plus de la moitié de ses annonces.
Avec près de 500000 visiteurs, le millésime 2005 restera certainement dans les annales, en battant tous ses records de fréquentation précédente, aidé par la présence de l'A380. La prochaine, qui se tiendra dans deux ans, devrait également être intéressante à suivre avec la probable venue du 787 dans un marché toujours en métamorphose et encore plus spéculatif.
Merci à Laurent pour la photo prise lors de notre décollage avec l'EMB-175.
Publié par Philippe Granger à 21:01 dans Air Canada ǀ Air Tahiti Nui ǀ Airbus ǀ Atr ǀ Avionneurs ǀ Boeing ǀ Bombardier Aéronautique ǀ Compagnies Aériennes ǀ Economie ǀ Embraer ǀ Jetblue ǀ Motoristes ǀ Politique ǀ Southwest Airlines ǀ Stratégie
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Commentaires
Merci Philippe pour ce résumé très complet du salon du Bourget et pour cette analyse éclairée concernant l'Inde et la Chine.
Posté par Benoît Bouché le 20 juin 2005 à 23:20 - #