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24 mars 2005
Ré-évolution
Il est bien loin le temps où les compagnies aériennes européennes se drapaient dans leurs nationalités respectives, protégeant leurs acquis en refusant un quelconque rapprochement financier entre-elles. Mais depuis une dizaine d'années, la plupart se sont rapprochées sous forme d'accords commerciaux et opérationnels très poussés. Depuis, les voilà embarquées dans une série d'acquisitions, qui à n'en pas douter, renforceront leurs positions d'acteurs globaux.
Elles sont aujourd'hui trois à être à l'origine de la création des trois alliances aériennes qui régissent aujourd'hui l'esprit du transport classique, sous une forme majeure et globale. Après la française Air France, fondatrice de SkyTeam, qui a accepté de convoler avec la néerlandaise KLM, faisant voler en éclats les théories des meilleurs analystes, c'est au tour de Lufthansa, à l'origine de Star Alliance, d'investir dans sa voisine Swiss. Tout en respectant le schéma économique et le montage juridique d'Air France et de KLM, le transporteur allemand y inclut un aspect stratégique loin d'être négligeable. La marque Swiss est très ancrée dans l'esprit des voyageurs grâce à la réputation de son service en vol, inchangé depuis l'époque de Swissair. Ce mariage fait également repartir à la hausse les spéculations d'union à l'identique entre British Airways, le pilier européen de oneWorld et Iberia. En attendant, l'association allemano-suisse donne naissance au deuxième groupe européen aérien avec un peu plus de 60 millions de passagers, contre près de 65 pour sa rivale SkyTeam.
Lufthansa, qui a signé en 2004 un confortable bénéfice de 404 millions d'euros, prévoit de prendre le contrôle absolu de Swiss d'ici 2008. Il commencera par intégrer 14% de son capital par une offre publique d'achat valorisée à 45 millions d'euros, puis rachètera, le solde, soit 86%, aux grands actionnaires, dont la Confédération helvétique, pour une valeur qui n'excédera pas 265 millions. Le coût de l'intégration va coûter environ 100 millions d'euros et devrait produire un retour sur investissement de l'ordre de 165 millions d'ici trois ans. La compagnie allemande a également confirmé qu'elle conserverait intacte l'identité de Swiss. Orientée vers le marché de la haute contribution, grâce entre autres à son service exécutif au-dessus de l'Atlantique Nord, Lufthansa devrait de toute évidence conserver Swiss en tant que produit particulièrement ciblé vers le haut de gamme et naturellement basé à Zurich, tout en protégeant ses plaques tournantes de Munich et Francfort. L'époque révolue de Swissair n'en fait pas moins oublier la misère de sa dernière équipe de direction. Il n'en est pas moins vrai que le renouveau Swiss a su prendre la bonne direction à un moment critique où les erreurs de gestion n'étaient plus permises. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire de s'acharner sur celles-ci.
L'étonnante transformation du paysage aérien européen conventionnel se poursuit de manière intensive. La rapidité de la mutation, qui n'attire quasiment pas de commentaires nationalistes, est dictée par le contexte économique particulièrement volatile, dont il est souvent la première victime. Aujourd'hui, l'Europe de l'air semble avoir trouvé sa voie, reléguant au loin l'agonie permanente qui secoue le secteur en Amérique du Nord. Un nettoyage opérationnel devenu nécessaire pour être mieux armé face à l'émergence de nouvelles concurrences.
Publié par Philippe Granger à 20:24 dans Air France ǀ Alliances ǀ British Airways ǀ Compagnies Aériennes ǀ Economie ǀ Iberia ǀ Klm ǀ Lufthansa ǀ Oneworld ǀ Skyteam ǀ Star Alliance ǀ Stratégie ǀ Swiss ǀ Swissair
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